dimanche 5 novembre 2006
Les OGM et la faim dans le monde
Par Eric, dimanche 5 novembre 2006 à 21:10 :: General
C'est dimanche soir,
Le garde des sceaux Pascal Clément est invité au grand jury RTL/LCI/Le Figaro. Le présentateur lui parle de la dernière garde à vue de José Bové, et lui demande si elle est vraiment justifiée. Le garde des sceaux commence à lui répondre, puis explique rapidement qu'il est injuste de détruire les OGM alors qu'ils permettent de fabriquer certains médicaments (ce que je trouve plutôt démago quand on sait que ce n'est pas pour cela que les agriculteurs plantent des cultures OGM, mais passons...) avant d'asséner son argument massue : des millions de personnes meurent dans le monde et « tout le monde sait que c'est grâce aux OGM que l'on arrivera à nourrir la planète» .
Bon. Glissons rapidement sur l'assimilation selon laquelle les faucheurs volontaires seraient des hommes des cavernes qui auront bientôt sur la conscience la mort de millions d'affamés. Ce que j'aimerais ici, c'est contrer cet argument lamentable qui démontre une ignorance crasse de la biologie, de la physique, de la thermodynamique, et de la science en général.
L'énergie contenue dans les plantes, qu'il s'agisse d'OGM ou pas, provient de deux facteurs :
- La conversion d'une fraction de l'énergie solaire par la photosynthèse
- Les nutriments pompés au niveau des racines
La fameuse révolution verte a, pour l'essentiel, consisté à jouer sur le second facteur en injectant dans le sol des quantités massives d'engrais, et à protéger les cultures des parasites par le biais d'insecticides chimiques, produits issus de la pétrochimie ou du gaz naturels, sans oublier le travail de la terre ou la récolte des cultures par des machines alimentées au pétrole. En d'autres termes, il s'agit de la conversion d'une partie de l'énergie des combustibles fossiles en aliments.
Grosso modo, Les OGM améliorent leur efficacité, soit en produisant un élément toxique pour leurs parasites, soit en jouant sur l'assimilation des nutriments (meilleure fixation de l'azote par exemple). Il y a sans doute des travaux pour augmenter l'efficacité de la photosynthèse, mais il est dur de croire que l'on puisse trouver un processus beaucoup plus efficace que celui mis au point après des millions d'années de sélection naturelle. Et, si on parle de rendement, les plantes que l'on utilise sont déjà issues de siècles de croisement visant à l'améliorer, et elle ont plus ou moins atteint un optimum.
Maintenant, soyons sérieux. La différence de rendement entre un OGM et une autre plante ordinaire ne sera au mieux que de l'ordre du pourcent, et ne sera pas toujours en faveur de l'OGM. Les OGM obéissent aussi aux lois de la physique et un plant de maïs ordinaire correctement irrigué, protégé par des insecticides, nourri par des engrais et ayant reçu sa dose de rayonnement solaire n'a absolument aucune raison d'avoir un rendement intrinsèquement plus faible qu'un OGM. Il n'y a pas de gêne miracle présent dans les OGM, qui doublerait le rendement en ignorant les règles de la physique, et dont seraient dépourvues les plantes ordinaires.
Mais dans ces conditions, d'où vient cet argument ?
Les multinationales qui commercialisent les OGM ont largement contribué à répandre ce mythe. Travailler pour résoudre la faim dans le monde parait en effet un bien noble objectif, mais la réalité l'est moins. Leur but est simplement de gagner de l'argent. Cela n'est en soi pas répréhensible. Ce qui l'est peut être en revanche, c'est le moyen qu'elles ont choi pour le faire : il s'agit ni plus ni moins que de rendre payant ce qui a toujours été gratuit.
L'agriculture existe depuis plus ou moins 10000 ans. Depuis toujours, un de ses principes implicites a été que l'agriculteur pouvait replanter une partie de ses semailles l'année suivante.
Les multinationales à l'origine des OGM avancent masquées à ce sujet. Elles protègent leurs plantes à l'aide de brevets (il est d'ailleurs sidérant que l'on accepte de breveter le vivant) et verrouillent l'agriculteur. Leurs méthodes favorites sont:
- interdiction de replanter les graines récoltées l'année suivante (quand elles ne sont pas déjà stériles de toute façon), sinon procès
- obligation d'utiliser l'insecticide et/ou l'engrais fourni par la firme, sinon procès
Sans compter, sauf erreur de ma part, des contrats liant la firme et l'agriculteur pour plusieurs années.
Bien sûr, les champs des agriculteurs voisins peuvent être accidentellement contaminés par des OGM. Il est déjà arrivé au Canada qu'un agriculteur malchanceux n'ayant jamais fait pousser d'OGM soit contaminé par son voisin. Il a reçu la visite des hommes en noir qui, après analyse, en ont trouvé des traces dans ses récoltes. La firme lui a alors fait un procès, pour « contrefaçon » je crois... et l'a gagné.
Imaginez : des millions, des dizaines et des dizaines de millions d'agriculteurs faisant pousser gratuitement leurs récoltes alors qu'on pourrait les facturer... quel marché potentiel! Ces paysans ne rapportent rien alors que, convenablement préparés, ils pourraient, chaque année, rapporter de l'argent!
C'est la technique des petits pas : on vend les OGM et, si on en vend suffisamment, on pourra atteindre un point de non-retour où chaque culture sera contaminée, et où ce sont les paysans qui devront prouver qu'ils n'ont pas « piraté » la firme, jusqu'à ce qu'il ne soit plus possible pour personne de planter gratuitement des cultures.
Vous l'aurez compris, je suis contre la commercialisation et l'utilisation des OGM dans les conditions actuelles, mais je crois que les verts et José Bové devraient se battre sur le terrain que je viens de dénoncer plutôt que de se focaliser sur les « problèmes sanitaires » que « pourraient » causer les OGM.
Enfin, pour en revenir au sujet de mon billet : La faim dans le monde est avant tout due à la surpopulation. Avec l'épuisement des ressources fossiles qui s'annonce, sans engrais, et sans pétrole pour alimenter les machines agricoles, ce ne sont pas les OGM qui empêcheront quiconque de crever de faim.