Cela n'aura échappé à personne, des élections viennent d'avoir lieu en France. Passons rapidement sur les prétendants. Même s'il est intéressant de noter que le vainqueur est, tout naturellement, celui qui a promis le plus de croissance, leurs différences étaient de toute façon complètement négligeables face au Pic Pétrolier. De l'extrême gauche à l'extrême droite, le culte de la croissance n'a pas une seule seconde été remis en cause. De toute façon, la croissance a toujours existé, et elle existera toujours, alors pourquoi même en parler ? De tout les discours que j'ai écouté, je n'ai guère entendu que Bayrou effleurer le sujet mais... ce ne fut que pour déclarer que la raréfaction des ressources naturelles "ne signifiait pas la fin de la croissance". Bref...

L'analyse du gagnant mérite peut être quelques lignes de plus. Je ne m'attarderai pas sur le caractère ou le bord politique du personnage. Un puit de pétrole se moque bien de savoir si ses consommateurs sont de «gauche» ou de «droite». Ce qui est plus intéressant c'est qu'il est par contre, à mon sens, celui des candidats qui aura le plus promis concernant la croissance de l'économie, ce qui est à mon avis de mauvaise augure pour l'avenir. Il a même été jusqu'à promettre le plein emploi, rien de moins, en disant qu'il n'y avait "aucune raison" pour que la France ne puisse connaître le plein emploi.

Aucune raison, vraiment ?

Le travail est à l'origine un concept de physique directement lié à l'énergie. Si on considère la société comme un système, alors on ne peut échapper à la conclusion selon laquelle les lois de la physique, et en particulier celles de la thermodynamique doivent nécessairement s'y appliquer. Il s'ensuit donc que le travail, au sens emploi, disponible dans une société est forcément relié à l'énergie et aux ressources à sa disposition. En d'autres termes, il y a plus d'emploi disponibles dans l'Alberta qu'à Haïti. Naturellement, cette conclusion ne plait pas forcément aux économistes de la Terre plate pour lesquels l'emploi crée l'emploi, et pour qui "l'économie de service" échappe sans doute aux lois de la physique.

Si l'on prend par exemple le cas Britannique qui semble cher au nouveau Président, aucune analyse un tant soit peu sérieuse ne peut écarter le rôle de l'énergie en général et du pétrole en particulier dans son économie. Les champs de pétrole et de gaz de la Mer du Nord ont fourni un bonus gigantesque à ce pays durant des dizaines d'années, le moindre n'etant pas son indépendance énergétique. Mais maintenant que ce pays a passé son pic de production, la situation risque bien de changer. Le Royaume-Uni produisait 3 millions de barils par jour en 1999; il n'en produit plus que 1,3 aujourd'hui, il est devenu importateur net et, grâce à la clairvoyance de ses dirigeants et leur foi dans "la main invisible du marché", ils risquent bientôt de voir leur réserves déclinantes continuer malgré tout à être exportées pour honorer leurs contrats. Quoiqu'il en soit, même si l'on devait croire aveuglément les statistiques de l'emploi britannique, croire que leur «plein emploi» puisse durer indéfiniment alors que leur production de pétrole diminue de 10% par an me paraît, au mieux, très prématuré.

Pendant ce temps, au Mexique, c'est le champ géant de Cantarell qui a des soucis. Sa production diminue maintenant d'environ 15 % par an. Avec lui, c'est la production de pétrole du Mexique, troisième fournisseur des Etats-Unis, qui commence à disparaître. Les Américains tentent de compenser en augmentant la production de biocarburant, en particulier d'ethanol à partir du maïs. Le résultat est que la production agricole à destination des transports entre en compétition avec la production alimentaire (voir ici par exemple). Là aussi cela augure mal de l'avenir.

Avec un mandat qui court jusqu'à 2012, même si la date du Pic fait débat, il est probable que Sarkozy sera le premier président de la république qui aura à faire face au Pic Pétrolier. Si son mandat devait être reconduit, ce serait une quasi-certitude. Dans ces conditions, promettre le plein emploi, et promettre la croissance, encore et toujours, alors que la France n'a même pas la chance de disposer des ressources énergétiques de pays plus chanceux, tout cela me parait faire montre d'un optimisme aveugle qui ne promet rien de bon. Einstein disait que «La folie, c’est se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent.». Connaissant cette définition, voire que tous nos politiques promettent non seulement d'appliquer les mêmes méthodes, mais de les appliquer mieux alors que la situation a changé, tout en les voyants espérer obtenir un résultat qui cette fois-ci serait enfin différent ne manque pas d'ironie.